« Bien mal acquis ne profite jamais », veut le proverbe. En réalité, les (anciens) dictateurs et leurs familles profitent en toute impunité des milliards qu’ils ont volés à leur pays et placés à l’étranger, sur des comptes en banque ou dans des demeures de prestige. Selon l’Union européenne, « les actifs africains volés détenus dans des comptes en banque à l’étranger équivalent à plus de la moitié de la dette externe du continent ».
Ce pillage en règle n’est pas l’apanage des pays africains : les fortunes amassées par Marcos, Suharto et, dans une moindre mesure, Fujimori, Milosevic ou Duvalier, n’ont rien à envier à celles des Mobutu, Bongo et consorts. Depuis des dizaines d’années, le produit des détournements de fonds publics et de la corruption à des fins d’enrichissement personnel par les hommes politiques du Sud a été placé en sécurité dans les pays développés ou les paradis fiscaux et judiciaires.
A l’heure où l’ensemble des bailleurs de fonds, au premier rang desquels la Banque mondiale, ont fait de la lutte contre la corruption et de la « bonne gouvernance » la clé du développement des pays du Sud, cette étude cherche à comprendre pourquoi la quasi-totalité des avoirs illicites et des biens mal acquis n’ont fait l’objet d’aucune mesure de gel et de restitution aux pays spoliés.